Chroniques

L'erreur

Suspensio Regina sait reconnaître ses erreurs

Attention, aucun animal n’aura souffert au cours de cette grande leçon de vie.
Ginette nous a quittées. Elle est repartie à la campagne, là d’où elle venait. Quand elle a retrouvé ceux qui l’ont vue naître, sa petite excroissance de colonne vertébrale s’est mise à s’agiter. On dit que les chiens sont contents quand ils remuent la queue.
Ginette n’était pas malheureuse avec nous, et nous n’étions pas malheureuses avec elle, mais Paris ne nous a pas convenu, comme espace, pour élever un chiot et prendre le temps de le voir grandir.
Paris ne convient pas vraiment à qui veut prendre son temps…
La courte présence de Ginette parmi nous peut aisément être comparée à une mini-tornade qui serait passée dans un appartement parisien, au huitième étage d’un immeuble récent avec moquette blanche au sol et sans terrasse… Ça nous a tout retourné.
Georges, le chat, nous a informés dès le premier regard que, de son point de vue, ça ne le faisait pas du tout.
Nous, on était sous le charme et heureusement parce que dix jours lui auront suffit pour grignoter, comme il se doit, les câbles, les bords des coussins, les lacets de chaussures, et tout ce qui était à portée de ses petites dents trop mignonnes. Dix jours auront suffit à nous exploser de fatigue. Promenade aux aurores, ramassage de caca, épongeage de pipi, gestion des endroits parisiens interdits aux chiens (y compris les parcs…), course folle dans la ville avec animal récalcitrant attaché au bout d’un lien de cuir rose… Ça n’a pas été long avant que je réalise qu’elle avait mieux à vivre ailleurs, et que la relation fusionnelle que j’avais fantasmée avec Ginette n’est que la projection des angoisses d’abandon créée par mon cerveau névrotique. Ce n’est pas le psy mais le vétérinaire qui a fini de me convaincre tout à fait. Il a juste fait son travail. Il a juste expliqué calmement ce qu’est un chien, et quels sont ses besoins. En sortant de la clinique vétérinaire, Ginette était vaccinée et ma décision était prise.
En prenant la décision de me séparer de Ginette pour la rendre à son éleveur, j’ai fait un truc qu’on n’est pas censé faire mais qui me paraît pourtant essentiel quand on prétend vouloir agir avec conscience et dignité pour faire avancer le monde dans le sens du vivant : je suis revenue sur une décision. Beaucoup d’humains qui détiennent un pouvoir gagneraient à suivre la grande leçon de vie que Ginette nous a offerte.
Parce que l’erreur est humaine. Ça ne veut pas dire que « Hannn c’est pas grave, vas-y, on en fait tous des erreurs, c’est bon arrête de culpabiliser… ». Non, ça veut dire que, de tous les êtres vivants sur cette planète, nous sommes les seuls à commettre des erreurs. C’est une de nos nombreuses spécificités, liée au fait que nous prenons des décisions, que lorsque nous sommes face à un choix nous éprouvons le besoins irrépressible de choisir. Les autres être vivants s’en remettent à l’univers. L’univers ne choisi pas, l’univers ne commet pas d’erreur. L’erreur, c’est un truc d’humains.